L’hypersensibilité au travail : un sujet sensible

Chaque jour, nous traversons tous de multiples états émotionnels, parfois même sans nous en rendre compte. Surprise, joie, colère, dégoût, peur… toutes ces émotions nous sont utiles, nous pourrions même dire qu’elles sont fondamentales dans notre quotidien car elles nous permettent de faire des choix, d’agir, de nous protéger. Mais pour ceux que l’on appelle hypersensibles, ces émotions sont éprouvées plus intensément que pour le reste de la population et peuvent se révéler plus handicapantes qu’utiles. Comment se manifeste concrètement l’hypersensibilité ? Quelles en sont les conséquences sur le travail, les relations et le quotidien ? Jozz propose, ce mois-ci, un tour d’horizon et un décryptage sur l’hypersensibilité de plus en plus présente dans nos sociétés.

L’hypersensibilité, qu’est-ce que c’est ?

Que nous dit le dictionnaire ? L’hypersensibilité serait une sensibilité exagérée ou extrême. Bon nous ne sommes pas plus avancés ! Pour aller plus loin, nous nous sommes penchés sur la définition que donne Elaine Aron, psychologue clinicienne, à l’hypersensibilité. Elle indique que l’hypersensibilité est un trait de caractère inné qui toucherait 20% de la population, 30% de ces 20% seraient des extravertis et 70% des introvertis. Les 80% restants de la population seraient composés de personnes moyennement sensibles ou peu sensibles. Même si l’hypersensibilité n’est pas considérée comme une maladie, on voit de plus en plus d’individus dans les cabinets de psychologues ou chez les coachs en recherche de solutions, de méthodes pour pallier aux inconvénients de ce trait de caractère.

Portrait-robot de l’hypersensible

L’hypersensibilité, ce trait de caractère inné, ne peut pas être modifier malheureusement. Elle peut faire vivre un véritable supplice physique et psychique aux individus qui en souffrent. En effet, cette ultra-sensibilité est rarement comprise par les autres, parfois même elle peut déranger autant dans le milieu privé que professionnel. Les hypersensibles se sentent et sont ignorés, mis de côté voire écrasés. Pour être encore plus concret, voici ce qu’ils peuvent entendre au quotidien :

  • « Tu prends tout contre toi ! »
  • « Tu es trop sensible ! »
  • « Tu es trop timide ! »

Et face à ces phrases, qui peuvent paraître anodines, voilà ce qu’ils peuvent se dire à eux-mêmes :

  • « Je suis trop sensible pour vivre dans ce monde »
  • « Je me sens prisonnier des exigences des autres »
  • « Est-ce que j’en vaux la peine ? »

À cause de ces remises en question incessantes, les hypersensibles sont :

  • Beaucoup plus rapidement sous tension.
  • Subissent une fatigue psychique et physique continue (du fait de leurs grandes variations émotionnelles).

Nous pouvons aussi ajouter que les hypersensibles sont extrêmement empathiques, qu’ils possèdent, très souvent, des dispositions naturelles telles que l’intuition, la compassion, l’attention portée aux autres, la pudeur, la délicatesse et le dévouement. Ce sont généralement, des profils qui possèdent au fond d’eux ce que recherchent la plupart des entreprises de nos jours : des soft-skills.

Parallèlement, face à toutes ces qualités, les hypersensibles sont sujets à la susceptibilité, l’irritabilité, l’anxiété, le repli, la sensation d’être agressés, en résumé, ils se sentent à fleur de peau.

Les manifestations et perceptions de l’hypersensibilité

Le monde du travail dans lequel nous évoluons tous, qui nous impose sa rationalité et ses codes tels que le formalisme, le self-control, la cohabitation avec les autres… peut-être perçu comme excessivement anxiogène pour un hypersensible. Car en effet, il proscrit, de manière tacite, tous débordements émotionnels alors même que l’exercice du travail nous expose, de fait, au stress, à la critique et à la sollicitation.

La sensibilité, portée à son paroxysme chez les hypersensibles, peut les conduire à un sentiment d’inadaptation sociale, à des sensations de malaise au sein même de son lieu de travail.

Ce qui rend l’hypersensibilité problématique pour les individus qui en souffrent, c’est l’utra-émotivité. Cette dernière les rend totalement perméable à leur environnement privé ou professionnel et cela peut entrainer des blocages, des incompréhensions de la part des autres et, suite logique, un mal-être au travail.

Comment diagnostiquer l’hypersensibilité ?

L’hypersensibilité, peu connue et non considérer comme une maladie, comment peut-on la diagnostiquer ? Sans vouloir dresser une liste exhaustive des « symptômes » de l’hypersensibilité, voici une liste de quelques traits de caractères communs chez les hypersensibles :

  • L’hypersensible va au bout des choses dans le but de les comprendre.
  • Il est extrêmement empathique et à l’écoute de leur environnement et des autres.
  • Il a un penchant pour les activités individuelles (sportives, artistiques…) car elles lui permettent de se sentir moins jugé et moins observé.
  • L’hypersensible met beaucoup de temps à prendre une décision car il est conscient des variables.
  • Il pense souvent faire le mauvais choix.
  • Il a le sens du détail, ça lui tient à cœur.
  • Il travaille bien en équipe : il est précis, consciencieux, perfectionniste et à l’écoute des autres.
  • Il est souvent plus anxieux que la moyenne et peut souffrir de dépression.
  • Il est beaucoup plus attentionné que la moyenne.
  • Il est très sensible aux critiques, il s’efforce de tout faire pour plaire et se critique lui-même en prévention.

Existe-t-il des facteurs aggravants ?

Nous aurions pu nous penser que les tempêtes émotionnelles que vivent les hypersensibles sont bien assez suffisantes… malheureusement il existe des facteurs aggravants. L’odeurs, la lumière, la proximité, le niveau sonore, la circulation de l’air sont quelques détails qui peuvent être dérangeants pour les hypersensibles.

Et au-delà de ces paramètres, les profils hypersensibles ont également et surtout besoin d’évoluer dans un environnement professionnel bien spécifique. Pour qu’ils évoluent sereinement et puissent s’épanouir cet environnement doit être :

  • Bienveillant,
  • Amical,
  • Solidaire,
  • Gouverné par l’entraide et,
  • Le plus éloigné possible des conflits, commérages, jeux de pouvoirs et jeux politiques.

Concernant le monde du travail, dans l’hypersensibilité il faut aussi prendre en compte l’hyper-sollicitation ou la sur-sollicitation. En effet, elle est particulièrement amplifiée par les messages, les images, les notifications et l’ensemble des stimuli que nous recevons continuellement par le biais des :

  • Emails, SMS,
  • Réseaux sociaux,
  • Applications et,
  • L’entourage

Triste constat, problématique liée à l’époque, aujourd’hui il est beaucoup plus difficile pour nous tous de nous affranchir de notre environnement, notre seuil d’attention et de tolérance en pâtissent, et nos émotions débordent plus facilement… imaginons les effets chez un hypersensibles.

Vivre avec l’hypersensibilité (court-circuiter le circuit émotionnel, survivre dans la jungle du travail…)

Même si l’hypersensibilité peut être handicapante au travail, il s’agit en tout premier lieu de ne pas l’ignorer. En prendre conscience et l’accepter sont les toutes premières étapes nécessaires pour apprendre à vivre avec. Car l’accepter et composer avec l’hypersensibilité est le meilleur moyen de faire de ce trait de caractère une véritable force et pourquoi pas une réelle valeur ajoutée. Il existe plusieurs leviers, notamment dans le domaine du développement personnel, qui peuvent aider à gérer la force de ces émotions, en voici quelques-unes :

  • S’isoler ou se poser dans un endroit plus calme pour prendre de la hauteur, du recul sur un incident ou une situation.
  • Accueillir ses émotions et apprendre à exprimer ses besoins.
  • Lâcher prise et éviter de focaliser sur ce qui ne va pas.
  • Apprendre à mieux se connaitre dans le but de mieux s’écouter, de mieux connaître ses préférences, ses limites pour mieux appréhender les défis du quotidien.
  • Apprendre à décharger émotionnelle une situation ou une tâche anxiogène. Cela consiste à débarrasser la situation de sa couleur négative, positive, ardue, inquiétante, ennuyeuse, épineuse, en la circonscrivant à une plage horaire, un temps réduit pour ne pas s’octroyer la possibilité de trop penser.

Tout hypersensible peut et a le droit de bien vivre avec sa sensibilité. Il est toujours temps de l’accepter et d’apprendre à écouter son hypersensibilité, de la libérer de tout jugement et la voir comme un atout.

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